Il aurait eu cent ans, moi soixante-cinq : que m’aurait dit mon père?
Tête baissée. C’est ainsi que je marche aujourd’hui. Non pas d’épuisement, mais de honte. Derrière mes paupières fatiguées, son regard perce encore le silence du miroir. Un regard inquiet, habillé d’un sourire amer. Ce soir, le sommeil était éveillé. Et au matin, son souffle peuplait mes songes. Il aurait eu cent ans, l’homme que l’on n’enterre jamais. Moi, soixante-cinq, l’âge du doute et du retour sur soi. Alors j’ai rêvé de ce qu’aurait-il dit. À ses amis d'hier, Nkrumah, Senghor, Boigny, il aurait dit : « Voici mon fils, porteur de nos cicatrices, mais aussi de nos silences. Il cherche, tâtonne, se relève…son pas n’est pas ferme, mais son cœur bat encore au rythme de la nation à venir. » Et le soir, au chevet d’Amato, à maman Opanago, il aurait confié : « Il vacille, notre fils. Loin des tambours, il entend encore nos cris. Le feu brûle autour de lui, mais il a oublié comment chanter la pluie. Pourtant, en lui, l’étincelle vit. » Pourquoi cette humiliation, pourquoi not...